Tiranké Sidimé à la nouvelle génération : « Il faut être des artistes de travail et de talent, pas des artistes de buzz »
Dans une intervention consacrée à la nouvelle génération d’artistes guinéens, Tiranké Sidimé, figure emblématique de la musique guinéenne, livre un regard à la fois critique et bienveillant sur les pratiques actuelles. Pour la chanteuse, le buzz peut être un outil de communication, mais ne doit jamais devenir le fondement d’une carrière. Elle invite les jeunes artistes à privilégier le travail, le talent, la qualité des textes et la valorisation de la culture guinéenne.
Alors que les réseaux sociaux ont profondément transformé l’industrie musicale, le buzz est devenu pour de nombreux artistes un moyen rapide de gagner en visibilité. Singles, challenges, clashs et polémiques rythment désormais l’actualité musicale. Une évolution sur laquelle Tiranké Sidimé porte un regard mesuré.
Pour l’artiste, chaque génération évolue dans un contexte différent. Elle refuse ainsi de condamner systématiquement les jeunes artistes, estimant que chacun possède sa vision, ses choix et sa manière de concevoir sa carrière.
« Chacun a sa manière de voir le monde. Chacun a son choix. Chacun a sa vision des choses. Je ne peux pas les critiquer », explique-t-elle.
Si Tiranké Sidimé reconnaît que le buzz peut parfois être utile pour attirer l’attention du public, elle met toutefois en garde contre une carrière entièrement construite autour de la polémique. Son conseil est sans ambiguïté : « On peut faire des buzz de temps en temps, mais pas tout le temps. Ne sois pas des artistes de buzz. Il faut qu’ils soient des artistes de travail, de talent. »
Pour la chanteuse, le problème survient lorsque le buzz prend le dessus sur la musique et pousse certains artistes à provoquer volontairement des polémiques susceptibles d’exposer leurs familles aux insultes sur les réseaux sociaux.
« À un moment, tu donnes l’occasion aux gens d’insulter tes parents, même papa et maman. Après ça te rapporte quoi ? Ça ne te rapporte rien », déplore-t-elle.
À ses yeux, la polémique peut être éphémère, tandis que le travail construit une réputation durable. « Le buzz, c’est momentané. (…) Quand tu travailles bien, tôt ou tard ça va te rapporter, parce qu’un travail bien fait n’est jamais perdu », soutient-elle.
L’artiste estime que les jeunes doivent davantage miser sur leur savoir-faire et sur la qualité de leurs productions. Elle appelle notamment à améliorer les textes et à accorder une place importante à l’éducation et aux valeurs véhiculées par la musique.
Pour Tiranké Sidimé, un artiste ne représente pas seulement sa personne. Il contribue également à l’image de son pays.
Elle rappelle que la musique constitue un véritable vecteur de rayonnement culturel. Des personnes peuvent découvrir la Guinée à travers ses artistes, leurs sonorités, leurs langues et leurs rythmes traditionnels.
L’exemple de son titre « Makalé » illustre, selon elle, cette capacité de la musique à dépasser les barrières linguistiques. Même lorsque certains auditeurs ne comprennent pas les paroles en soussou, ils peuvent être séduits par les sonorités guinéennes, notamment celles du balafon et du djembé.
Pour la chanteuse, la nouvelle génération doit donc comprendre que chaque chanson peut contribuer à promouvoir l’identité culturelle guinéenne.
« Quand tu sais que la musique va loin, il faut penser à l’éducation, il faut penser au rythme aussi », insiste-t-elle.
Elle reconnaît néanmoins les difficultés auxquelles sont confrontés certains jeunes artistes. Selon elle, beaucoup disposent du talent mais manquent de moyens et d’opportunités pour développer pleinement leur carrière.
Tiranké Sidimé souligne également la transformation du secteur musical. Sa génération a connu l’époque des CD, alors qu’aujourd’hui les habitudes de consommation ont profondément changé. Avec la disparition progressive du CD, les artistes se tournent davantage vers les singles, les clips et les challenges sur les réseaux sociaux.
Cette nouvelle réalité explique, selon elle, pourquoi certains artistes privilégient un titre susceptible de devenir viral plutôt que de construire un projet musical complet.
Loin de vouloir condamner la nouvelle génération, Tiranké Sidimé préfère parler de réorientation et de correction de stratégie.
« Ceux qui travaillent mal, ce que je pourrais leur dire, c’est de changer de stratégie, de mieux faire parce qu’il s’agit de la culture guinéenne », affirme-t-elle.
Elle considère également que les jeunes artistes peuvent s’inspirer de leurs devanciers, comme sa génération l’a elle-même fait auprès des artistes qui l’ont précédée.
Son message est donc celui de la transmission : prendre les bons exemples, travailler davantage, développer son talent et éviter de faire de la polémique le principal moteur de sa carrière.
Tiranké Sidimé revendique enfin une position de respect envers les artistes de la nouvelle génération. Elle dit ne pas vouloir jouer le rôle de juge ni dénigrer ceux qui font des choix différents.
Pour elle, c’est avant tout le public qui doit juger la qualité d’une œuvre.
Mais son expérience lui permet de lancer un avertissement aux jeunes artistes : la visibilité obtenue grâce au buzz peut être rapide, mais elle reste fragile. La véritable reconnaissance, estime-t-elle, se construit avec le temps, le travail et la qualité artistique.
À travers cette prise de parole, la « Tira Love » invite ainsi la nouvelle génération à dépasser la course à la viralité pour construire des carrières capables de résister au temps.
Bolokada Sano
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