Infrastructures stratégiques : les députés valident à l’unanimité des financements majeurs et renforcent leur contrôle sur les grands projets
Énergie, routes, industrie et transition énergétique : l’Assemblée nationale a franchi une nouvelle étape dans la mise en œuvre de plusieurs projets structurants en adoptant à l’unanimité quatre ordonnances de financement. Si les députés ont validé des investissements de grande envergure, ils ont également posé des conditions strictes pour garantir une meilleure gouvernance, une gestion transparente des fonds et des retombées concrètes pour les populations guinéennes.
Réunis en session extraordinaire ce lundi 3 août, les députés de la 10ᵉ législature ont adopté à l’unanimité quatre ordonnances portant sur des accords et conventions de financement destinés à accélérer la réalisation d’infrastructures stratégiques en Guinée. Ces textes concernent notamment la transformation locale de la bauxite à Boffa, l’interconnexion électrique avec le Mali, la construction d’une centrale solaire à Kamissaya et le bitumage de la Route nationale 29 (RN29) entre Faranah et Dabola.
Au-delà de la ratification de ces accords, les parlementaires ont assorti leur feu vert de plusieurs recommandations visant à renforcer la transparence, le suivi des projets et la prise en compte des intérêts des populations concernées.
Interconnexion électrique Guinée-Mali : près de 19 millions d’UC mobilisés
L’Assemblée nationale a approuvé une ordonnance portant sur deux nouveaux instruments de financement accordés par le Fonds africain de développement (FAD) dans le cadre du Projet d’interconnexion électrique Guinée-Mali (FA-PIEGM-Guinée).
Ce financement comprend :
un prêt additionnel de 16,25 millions d’unités de compte (UC) ;
un don additionnel de 2,8 millions d’UC octroyé à travers le Guichet d’action climatique.
Tout en saluant l’importance de ce projet pour le renforcement des échanges énergétiques entre les deux pays, les députés ont formulé plusieurs exigences afin de garantir une mise en œuvre équitable et efficace.
Ils demandent notamment :
la production d’un état chiffré du passif lié aux compensations foncières de la première phase, accompagné d’un Plan d’action de réinstallation (PAR) actualisé assorti d’un calendrier de paiement contraignant ;
la création d’un comité local de suivi réunissant autorités administratives, services techniques et représentants des communautés affectées ;
l’intégration de l’électrification des localités traversées par le tracé de la ligne électrique ;
la réouverture des négociations tarifaires avec le Mali, ainsi que l’implication systématique des cadres du ministère de l’Énergie, d’EDG SA et de l’AREE afin de favoriser un véritable transfert de compétences.
Centrale solaire de Kamissaya : plus de 187 millions d’euros pour renforcer le réseau électrique
Les députés ont également validé l’accord de financement relatif à la construction de la future centrale solaire photovoltaïque de Kamissaya.
Conclu avec un consortium de banques internationales et Bpifrance Assurance Export, cet accord met à la disposition de l’État guinéen une facilité de financement pouvant atteindre 187 120 667,92 euros.
Ces ressources serviront à financer le contrat EPC+F signé avec le groupement VINCI Énergies pour la réalisation d’une centrale solaire photovoltaïque d’une capacité de 50 MWc, ainsi que des infrastructures nécessaires à l’évacuation de l’énergie produite vers le réseau national.
En complément, l’État guinéen apportera une contribution souveraine de 30 883 187,60 euros, mobilisée auprès d’Ecobank Guinée SA et garantie par des titres d’État dont l’échéance s’étend jusqu’en 2032.
Conscients des enjeux financiers liés à ce projet, les parlementaires ont invité le Gouvernement à mettre en place un dispositif interministériel chargé du suivi de son exécution. Ils souhaitent également être régulièrement informés du niveau d’endettement public généré par chaque opération ainsi que de l’analyse du caractère concessionnel des emprunts contractés.
RN29 Faranah-Dabola : un nouveau pas vers le bitumage des 106 kilomètres
Autre texte adopté, l’accord de crédit destiné au financement du bitumage de la Route nationale 29 entre Faranah et Dabola, sur un linéaire de 106 kilomètres.
Le financement est conclu avec Deutsche Bank S.A.E.U. (Espagne) et bénéficie d’une garantie couvrant 99 % du crédit, assurée par la CESCE, l’agence espagnole de crédit à l’exportation.
Les travaux seront réalisés par l’entreprise Propav Infraestructuras S.L. dans le cadre du Programme SIMANDOU 2040, présenté comme l’un des principaux leviers de modernisation des infrastructures nationales.
À cette occasion, les députés ont insisté sur plusieurs conditions de mise en œuvre. Ils exigent notamment :
la transmission annuelle au Parlement d’un rapport détaillant l’état d’avancement physique et financier des travaux ;
une participation significative du contenu local, à travers l’implication des entreprises, fournisseurs et travailleurs guinéens ;
l’annexion à la loi de ratification d’une traduction française certifiée de l’accord, celui-ci ayant été rédigé initialement en anglais ;
l’organisation d’auditions périodiques des ministres en charge des Finances et des Infrastructures afin d’assurer un contrôle parlementaire régulier.
Une volonté de renforcer le contrôle parlementaire
À travers l’adoption de ces différentes ordonnances, la représentation nationale réaffirme son soutien aux investissements structurants destinés à améliorer les infrastructures énergétiques et routières du pays. Mais les élus entendent également exercer pleinement leur mission de contrôle, en exigeant davantage de transparence sur l’exécution des projets, la gestion de la dette publique, le respect des engagements sociaux et la valorisation du contenu local.
La Rédaction