Enseignement supérieur : la Guinée engage une réforme ambitieuse pour rapprocher universités et emploi
La Guinée amorce un tournant décisif dans la transformation de son système universitaire. La ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Dre Diaka Sidibé, a procédé ce lundi au lancement officiel d’une vaste réforme destinée à aligner les formations académiques sur les besoins réels du marché du travail. Cette initiative stratégique s’inscrit dans la dynamique du programme Simandou 2040, considéré comme un levier majeur de développement économique.

La cérémonie de lancement, organisée dans un complexe hôtelier de la capitale, a mobilisé un large éventail d’acteurs : recteurs d’universités, responsables d’institutions publiques et privées, partenaires techniques ainsi que des représentants du secteur économique. Tous ont été appelés à contribuer à ce chantier jugé déterminant pour l’avenir du pays.

Dans son allocution, la ministre a rappelé les avancées enregistrées depuis 2022, notamment la refonte de plus de 140 programmes de formation et l’implication accrue de partenaires nationaux et internationaux. Elle a toutefois souligné les limites persistantes du système actuel.
« L’adéquation entre la formation et l’emploi reste insuffisante », a-t-elle déclaré.
Chaque année, près de 15 000 diplômés sortent des 48 établissements d’enseignement supérieur du pays. Pourtant, seuls 30,87 % d’entre eux accèdent à un emploi dans les douze mois suivant l’obtention de leur diplôme, révélant une inadéquation structurelle entre les profils formés et les besoins de l’économie.
Deux projets structurants pour refonder le système
Pour inverser cette tendance, le ministère mise sur deux projets majeurs : MPS 32 et MPS 30.
Le projet MPS 32 vise une révision en profondeur des contenus pédagogiques. Il prévoit notamment l’intégration de domaines porteurs comme l’intelligence artificielle, le numérique et la data, ainsi que le renforcement de filières stratégiques telles que les mines, l’énergie, le BTP et la logistique. Cette refonte inclut également la création d’un cadre national des diplômes, l’introduction de nouveaux parcours comme les diplômes universitaires de technologie, et un alignement renforcé avec les standards internationaux du système LMD.

« Il faut repenser notre système en s’ouvrant aux métiers qui forment, qui emploient et qui payent bien », a insisté la ministre.
De son côté, le projet MPS 30 introduit une approche fondée sur l’analyse des besoins du marché de l’emploi. Il prévoit la mise en place d’un système d’information national, d’une cartographie des compétences par région et la création d’un Observatoire national de l’insertion des diplômés. Ce dispositif permettra de suivre l’évolution professionnelle des diplômés sur une période de 18 mois et d’ajuster en continu les politiques de formation.
« Réformer sans mesurer l’impact sur l’insertion des diplômés serait avancer à l’aveugle », a souligné Dre Diaka Sidibé.
Un enjeu clé pour le programme Simandou 2040
Cette réforme s’inscrit dans la vision globale portée par le programme Simandou 2040, qui ambitionne de transformer en profondeur l’économie guinéenne. Au-delà de son volet minier, ce programme vise à placer le capital humain au cœur de la croissance.
Selon les projections officielles, plus de 45 000 emplois pourraient être générés d’ici 2030, avec une croissance économique estimée à 7,2 %. Un potentiel qui, selon la ministre, ne pourra bénéficier pleinement aux Guinéens sans une adaptation du système de formation.
« Cette dynamique ne profitera aux Guinéens que si nous formons les compétences nécessaires », a-t-elle averti.
Une mobilisation nationale attendue
Pour concrétiser cette réforme, le ministère prévoit la mise en place de 51 équipes de travail encadrées par 8 comités scientifiques composés d’experts nationaux et internationaux. Leur mission : finaliser les nouveaux programmes en cinq mois, pour une application dès la rentrée universitaire 2026.
La ministre a lancé un appel à l’ensemble des acteurs, notamment au secteur privé, afin de participer activement à l’identification des besoins en compétences. Elle a également interpellé les enseignants-chercheurs, qu’elle considère comme des piliers de cette transformation.
« Vous portez l’avenir académique de la Guinée », a-t-elle affirmé.
« Ne pas rater le rendez-vous avec l’histoire »
En conclusion, Dre Diaka Sidibé a insisté sur l’urgence d’agir dans un contexte marqué par le démarrage des grands chantiers liés à Simandou.
« Le train de Simandou a déjà sifflé », a-t-elle lancé, appelant à une transformation rapide et efficace du système universitaire.
« Si nous ne réformons pas maintenant, nous aurons manqué l’histoire. »
Avec cette réforme, la Guinée ambitionne de bâtir un enseignement supérieur plus cohérent, plus performant et davantage en phase avec les réalités économiques. Un pari ambitieux, dont la réussite dépendra de la mobilisation collective et de la capacité des acteurs à traduire cette vision en résultats concrets.
Bolokada Sano