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Opinion : dissolution des partis politiques, symptôme d’une crise profonde du système partisan ! (Par Mamadou Barry) 

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La décision récente de dissoudre plusieurs partis politiques en Guinée marque un moment charnière dans l’évolution du système politique national.

Présentée officiellement comme une opération d’assainissement visant à mettre de l’ordre dans un paysage partisan jugé trop fragmenté et peu conforme aux exigences légales, cette mesure soulève néanmoins des interrogations plus profondes sur la nature et l’avenir de la compétition politique dans notre pays.

Depuis l’instauration du multipartisme au début des années 1990, la Guinée a vu émerger un nombre important de formations politiques. Si cette prolifération pouvait initialement apparaître comme un signe de vitalité démocratique, elle a progressivement révélé ses limites. Beaucoup de partis ont fonctionné sans véritable implantation nationale, sans structures solides et souvent sans projet politique structuré.

Dans de nombreux cas, les formations politiques se sont construites autour de figures individuelles plutôt que sur des institutions durables. Cette personnalisation excessive du leadership a transformé plusieurs partis en instruments de conquête du pouvoir centrés sur des leaders charismatiques, mais fragiles institutionnellement.

Cette réalité a profondément affaibli le système partisan guinéen. Les rivalités entre formations politiques partageant parfois les mêmes bases sociologiques ou électorales ont empêché la construction de coalitions stratégiques capables de peser durablement dans les rapports de force politiques. Au lieu de construire une opposition structurée et crédible, les divisions internes ont souvent servi les intérêts de ceux qui détenaient le pouvoir.

Il serait donc intellectuellement malhonnête d’ignorer les responsabilités des acteurs politiques eux-mêmes dans l’affaiblissement progressif du système partisan.

Cependant, la dissolution des partis politiques ne peut être analysée uniquement comme une réponse à ces dysfonctionnements internes. Elle s’inscrit aussi dans un contexte politique marqué par une transition dont les contours institutionnels restent encore en construction.

Dans toutes les transitions politiques, la question de la restructuration du champ partisan constitue un enjeu stratégique majeur. Reconfigurer les acteurs politiques avant les prochaines échéances électorales permet souvent de redéfinir les équilibres du pouvoir et d’influencer la structuration future de la compétition politique.

La Guinée ne fait pas exception à cette logique. La dissolution des partis intervient à un moment où le pays s’apprête à entrer dans une phase déterminante de son processus de transition institutionnelle. Dans ce contexte, la recomposition du paysage politique devient un enjeu central.

Mais cette stratégie comporte également des risques importants.

Le premier risque est celui d’un affaiblissement durable du pluralisme politique. Une démocratie viable ne peut fonctionner sans partis politiques capables de structurer le débat public et de proposer des alternatives crédibles de gouvernance.

Le second risque concerne la confiance des citoyens dans les institutions politiques. Dans un pays où la population est majoritairement jeune, la perception d’un espace politique fermé ou contrôlé peut alimenter la frustration et renforcer la distance entre les citoyens et les institutions.

Enfin, la marginalisation des acteurs politiques traditionnels pourrait favoriser l’émergence de dynamiques informelles ou populistes susceptibles d’accroître l’instabilité politique.

Pour autant, la situation actuelle peut également constituer une opportunité historique.

La crise que traverse aujourd’hui le système partisan guinéen doit être l’occasion d’une réflexion profonde sur la nature et le rôle des partis politiques dans la gouvernance démocratique. Les formations politiques qui aspirent à jouer un rôle dans l’avenir du pays doivent impérativement engager une transformation de leurs pratiques.

Cela suppose notamment de renforcer la démocratie interne, de favoriser le renouvellement générationnel du leadership, de développer des programmes politiques fondés sur des politiques publiques concrètes et de dépasser les rivalités personnelles qui ont trop longtemps paralysé l’action collective.

Plus largement, la recomposition du paysage politique guinéen ne peut se faire sans un dialogue national inclusif associant les institutions de transition, les partis politiques, la société civile et les forces sociales du pays.

L’avenir démocratique de la Guinée ne dépendra pas seulement de décisions administratives ou juridiques.

Il dépendra surtout de la capacité des acteurs politiques et sociaux à reconstruire un système politique crédible, capable de répondre aux aspirations légitimes des citoyens.

La dissolution des partis politiques marque peut-être la fin d’un cycle dans l’histoire politique guinéenne. Mais elle ouvre également une période de recomposition où se joue l’avenir du pluralisme politique et de la démocratie dans notre pays.

Dans ce moment charnière, l’exigence principale doit être celle de la responsabilité collective. Car au-delà des partis et des institutions, c’est la confiance entre l’État, les acteurs politiques et les citoyens qui reste le véritable fondement de toute démocratie durable.

 

Mamadou Barry, Acteur de la société civile.

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