Rapatriement des Guinéens d’Allemagne : Morissanda Kouyaté dément tout accord et promet des négociations
À la suite du rapatriement de plusieurs ressortissants guinéens en provenance d’Allemagne et des vives critiques adressées au ministère des Affaires étrangères, le chef de la diplomatie guinéenne, Morissanda Kouyaté, est sorti de son silence ce jeudi lors d’une conférence de presse.
Face aux interrogations de l’opinion publique, le ministre a évoqué la situation préoccupante de nombreux compatriotes établis en Allemagne. « Nous avons 6 000 Guinéens qui ont des problèmes en Allemagne. Nous n’allons pas accepter qu’on ramène ces Guinéens. On ira au cas par cas. Nous allons discuter avec le gouvernement allemand », a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité d’un traitement individualisé des dossiers.
Le chef de la diplomatie a également dénoncé l’émergence d’une nouvelle pratique dans la gestion des migrants en situation irrégulière. Selon lui, certains pays tiers accepteraient de recevoir des ressortissants refusés par leur pays d’origine. « Actuellement, il y a un autre phénomène qui se développe. C’est les pays tiers. C’est-à-dire que vous refusez votre citoyen, il y a un autre pays qui dit : moi je vais le recevoir, et on l’envoie là-bas », a-t-il expliqué.
Refusant de cibler exclusivement Berlin, le ministre a élargi le débat à l’échelle continentale, pointant plutôt la responsabilité de Union européenne. « Ce n’est pas l’Allemagne qu’il faut indexer, c’est l’Union européenne », a-t-il affirmé.
Il a par ailleurs rejeté toute accusation d’irresponsabilité : « Ils veulent se fâcher parce que j’ai dit que je veux défendre nos compatriotes. Si je disais que je ne veux pas d’eux, on allait dire : on lui a dit de prendre ses compatriotes, il a dit non. Qu’est-ce qu’il faut faire maintenant ? L’irresponsabilité n’est pas dans notre vocabulaire », a-t-il martelé.
Aucun accord signé, selon le ministre
Réagissant aux rumeurs faisant état d’un accord signé avec les autorités européennes sur les rapatriements, Morissanda Kouyaté a opposé un démenti catégorique. « Les gens disent que Morissanda a signé quelque chose. Mais je n’ai rien signé et je ne signerai rien », a-t-il assuré.
En conclusion, le chef de la diplomatie guinéenne a annoncé l’ouverture prochaine d’une enquête afin d’évaluer les conditions dans lesquelles les ressortissants concernés ont été renvoyés en Guinée.
« Il y a une chose sur laquelle nous comptons travailler : c’est la condition dans laquelle nos compatriotes ont été rapatriés, savoir si leurs droits ont été respectés. Ensuite, nous allons revoir l’accord que nous n’avons pas signé. Nous allons négocier. Pour le moment, nous ne parlons pas de suspension, mais nous allons enquêter d’abord et nous asseoir autour d’une table pour négocier », a-t-il conclu.
Cette sortie médiatique vise à clarifier la position des autorités guinéennes dans un dossier sensible, au cœur des relations entre Conakry et ses partenaires européens.
Ousmane Yattara