Quelques mois après la chute du président Alpha Condé, renversé le 5 septembre 2021 par une junte militaire dirigée par le colonel Mamady Doumbouya, plusieurs cadres et militants de l’ancien parti au pouvoir, le RPG Arc-en-ciel, affirment avoir été pris pour cibles. Arrestations arbitraires, détentions prolongées, accusations controversées et actes de torture : le climat post-putsch aurait été marqué par de vives tensions pour certains anciens soutiens du régime déchu.
Contacté par notre rédaction, Aboubacar Fofana, ancien fonctionnaire stagiaire et militant engagé du RPG Arc-en-ciel, livre un témoignage poignant sur ce qu’il présente comme une descente aux enfers.
Un engagement assumé
En 2019, dans un contexte politique fortement polarisé autour de la candidature d’Alpha Condé à un troisième mandat, Aboubacar Fofana décide de s’engager publiquement au sein du RPG Arc-en-ciel, alors au pouvoir.
« Je me suis engagé en connaissance de cause. Malgré les tensions et les manifestations, j’assumais pleinement mon militantisme », confie-t-il.
Après la réélection du président Condé en 2020 avec 59,5 % des suffrages selon les résultats officiels, il dit avoir renforcé son engagement politique et créé une petite entreprise, porté par l’espoir d’une stabilité durable.
Le 5 septembre 2021, le basculement
Tout change le 5 septembre 2021, lorsque l’armée prend le pouvoir. Selon son récit, les jours qui suivent le coup d’État sont marqués par une vague d’interpellations visant d’anciens responsables et militants du régime déchu.
Le 18 novembre 2021, Aboubacar Fofana affirme avoir été arrêté sans mandat par des hommes armés. « Ils m’ont violemment battu avant de m’incarcérer à la prison centrale. Je n’ai eu accès ni à un avocat ni à des soins médicaux », soutient-il.
Il dit avoir été accusé de complicité dans un supposé détournement de ressources publiques, une accusation qu’il rejette catégoriquement. Son entreprise aurait été fermée et ses biens saisis.
En détention, il évoque des actes de torture répétés destinés, selon lui, à lui arracher de faux aveux et des informations sur d’anciens responsables politiques. Après plusieurs semaines, il est finalement libéré, mais affirme avoir dû signer des déclarations qu’il qualifie de mensongères.
Arrestations répétées et climat de peur
Malgré sa libération, Aboubacar Fofana assure avoir continué à vivre sous la menace permanente.
Le 25 août 2023, il dit avoir été de nouveau interpellé et soumis à des traitements « encore plus dégradants ». Il évoque également la mort présumée de certains codétenus à la suite de sévices.
Le 15 octobre 2023, des hommes cagoulés et armés se seraient présentés à son domicile à plusieurs reprises, menaçant sa famille s’il ne révélait pas où il se cachait. Des membres de sa famille auraient été violemment agressés.
« À ce moment-là, j’ai compris que ma vie était en danger », explique-t-il.
Une fuite vers l’inconnu
Craignant pour sa sécurité, il prend la fuite et trouve refuge temporairement dans la région de Dabola, en Haute-Guinée. Commence alors, selon ses dires, un périple clandestin à travers plusieurs localités du pays.
Depuis, sa famille affirme être sans nouvelles de lui depuis plusieurs années et vit dans l’angoisse permanente. » Chaques semaines les militaires cagoulés vient fouiller la maison familiale tout en menaçant de mort si l’on ne montre pas où se trouve Aboubacar Fofana « , nous confie l’oncle d’Aboubacar Fofana.
Source: www.guineechrono.com